En cette quatrième année de guerre ouverte, les Ukrainiens modifient non seulement leur mode de vie, mais aussi leur conception de la foi. Il y a quelques années, les questions de confession pouvaient paraître secondaires, mais après l'invasion russe, elles sont devenues politiques. Désormais, l'identité religieuse n'est plus seulement un rituel, mais souvent une position.
Un récent sondage de Gradus Research montre que l'Église orthodoxe d'Ukraine reste en tête, mais que son soutien a diminué, passant de 32 % en 2023 à 29 % en 2025. Et ce n'est pas parce que les Ukrainiens retournent en masse au Patriarcat de Moscou – loin de là. C'est simplement qu'un nombre croissant de personnes ne s'identifient à aucune confession, bien qu'elles se considèrent comme croyantes.
24 % des Ukrainiens se décrivent comme « orthodoxes sans appartenance religieuse ». Il ne s'agit pas d'apathie religieuse, mais plutôt d'une volonté de se distancer d'institutions qui ont perdu la confiance du public ou qui n'ont pas résisté à l'épreuve de la guerre.
L'OCU domine toujours, mais sa croissance s'est stabilisée. L'UOC (MP) a conservé sa part de marché, autour de 8 %, comme l'an dernier. Cependant, si l'on observe la dynamique, l'exode du Patriarcat de Moscou ne se fait plus vers l'OCU, mais vers une « zone libre » : les fidèles restent attachés à Dieu, mais sans appartenance religieuse.
8 % des personnes interrogées se déclarent catholiques grecs. 15 % ne croient en aucune religion : ce chiffre reste stable, quasiment inchangé depuis deux ans.
Malgré le nombre croissant de non-croyants, 90 % des Ukrainiens prévoient toujours de célébrer Pâques. Pour certains, c'est simplement un moment pour se retrouver en famille, pour d'autres, c'est l'occasion d'aller à l'église.
Cette année, seuls 29 % des Ukrainiens n'ont pas l'intention d'aller à l'église, contre 40 % l'an dernier. Une part importante (51 %) assistera à l'office du dimanche ou pendant la semaine de Pâques. 20 % n'ont pas encore pris de décision. Les Ukrainiens aspirent à retrouver leur rythme de vie habituel, avec ses rituels, ses traditions et sa lumière.
« Une transformation religieuse est en cours. Les gens recherchent de nouvelles formes de spiritualité, pas toujours liées à la structure de l'Église », explique Yevheniya Blyznyuk, directrice de Gradus Research. C'est particulièrement vrai pour les jeunes : pour eux, la spiritualité ne se résume pas à une bougie et une croix, mais à une éthique intérieure.
Officiellement, l'Ukraine est un État où l'Église et l'État sont séparés. Mais en réalité, la foi n'a pas disparu, elle a simplement changé de forme : moins publique, moins ritualisée, mais souvent plus consciente. Et il semble que ce soit ce type de foi qui aide les Ukrainiens à tenir bon dans les moments les plus sombres.

