Le marché ukrainien des carburants est de nouveau sous le feu des critiques en raison de la forte hausse des prix à la pompe. En peu de temps, le prix de l'essence et du diesel a augmenté de plusieurs hryvnias par litre dans de nombreuses stations-service. Parallèlement, les prix ont grimpé presque simultanément dans différents réseaux, ce qui a fait naître des soupçons d'entente illicite.
Les principaux opérateurs du marché des carburants — dont OKKO, BRSM, SOCAR et d'autres acteurs majeurs — ont simultanément augmenté leurs prix de 2 à 4 hryvnias par litre. Une telle hausse simultanée paraît particulièrement suspecte, d'autant plus que les changements sont intervenus quasi instantanément.
Des experts soulignent qu'une réaction aussi rapide aux cours mondiaux du pétrole est économiquement discutable. Une part importante du carburant vendu dans les stations-service ukrainiennes est achetée à l'avance par des négociants et stockée dans des entrepôts. Par conséquent, les prix à la pompe ne devraient pas fluctuer instantanément au gré des variations des marchés mondiaux.
L'économiste Oleg Pendzin a déclaré que la hausse simultanée des prix du carburant dans les stations-service ukrainiennes porte les marques d'une entente illicite. Selon lui, ces augmentations de prix simultanées pratiquées par différents réseaux, sans justification économique apparente, sont suspectes.
Pendzin a expliqué que la réaction instantanée des stations-service aux cours mondiaux du pétrole est techniquement injustifiée. Les négociants vendent du carburant provenant de stocks acquis antérieurement à des prix différents. Selon l'expert, le délai réel entre la variation du prix du pétrole sur les marchés mondiaux et la variation du prix à la pompe est d'environ 20 jours.
Par conséquent, une situation où les prix à la station-service augmentent littéralement au même moment après l'annonce des fluctuations du marché mondial peut indiquer des actions coordonnées entre les principaux acteurs.
L'économiste a également critiqué la passivité du Comité antimonopole ukrainien, qui devrait réagir promptement face à de telles situations. Selon lui, en temps de guerre, les autorités de régulation étatiques devraient surveiller de près les marchés des biens stratégiques, car de fortes fluctuations de prix affectent directement l'économie et la vie des citoyens.
La hausse des prix du diesel est particulièrement dangereuse à l'approche des semailles. Le diesel représente une part importante du coût de la production agricole. Le prix des récoltes futures, et donc le coût des produits pour la population, en dépendent.
Si les prix du carburant se maintiennent à ce niveau ou continuent d'augmenter, cela pourrait entraîner une hausse des prix alimentaires dans les prochains mois. Les agriculteurs sont contraints d'intégrer les coûts du carburant dans leurs coûts de production, ce qui se répercutera inévitablement sur les prix en magasin.
Dans ce contexte, le silence des instances étatiques soulève de plus en plus de questions. Le Comité antimonopole ukrainien n'a jusqu'à présent pris aucune mesure concrète pour contrôler la situation sur le marché des carburants, malgré des signes évidents d'une hausse concomitante des prix.
Dans les pays de l'Union européenne, en période de crise, les gouvernements appliquent souvent des mécanismes stricts de contrôle des prix des ressources stratégiques et fournissent des subventions ou d'autres instruments de soutien aux entreprises et à la population.
En Ukraine, l'impression demeure que les grands réseaux de distribution de carburants déterminent en réalité de manière indépendante la politique de prix, tandis que l'État se limite à surveiller la situation.
Si les autorités de réglementation n'interviennent pas rapidement, la forte hausse des prix des carburants pourrait avoir des conséquences à long terme sur l'économie, allant de l'augmentation des coûts dans l'agriculture à une nouvelle vague d'inflation.

