Un nouveau scandale éclate au cœur de Kyiv au sujet d'un bâtiment historique. Il s'agit des anciens bains publics du marchand Mykhailo Bubnov, situés rue Naberezhno-Khreshchatytska et construits en 1822. Aujourd'hui, les propriétaires tentent de les faire retirer du statut de monument historique afin de permettre leur réaménagement.
L'immeuble appartient à la SARL « Corporate Solutions LTD », une société liée au groupe d'entreprises des frères Drobot et à l'ancien ministre de l'Énergie, Ivan Plachkov. Ces noms ne sont pas étrangers aux scandales fonciers et immobiliers qui entourent Kiev. Le groupe Drobot s'est déjà illustré par ses tentatives d'aménagement du remblai du détroit de Rusanivska. Ivan Plachkov est un homme politique expérimenté et influent.
La société « Corporate Decisions LTD » tente de contester en justice la décision de l’administration municipale de Kyiv classant l’édifice au patrimoine culturel. Ses arguments sont classiques : « l’édifice a perdu son authenticité », « les droits du propriétaire ont été bafoués », « on voulait le transformer en centre d’affaires ».
Les hommes d'affaires ont perdu en première instance : le tribunal administratif du district de Kyiv a donné raison à la municipalité et au parquet. Mais la société prépare déjà un appel. Et les militants avertissent : la bataille pour les bains antiques ne fait que commencer.
L'édifice est situé dans le centre historique de Kyiv, un quartier d'une valeur inestimable. De plus, il bénéficie de la protection de plusieurs zones protégées : archéologique, historique et architecturale.
Mais au lieu de préserver le monument, les propriétaires ne voient devant eux qu'un projet commercial : quelques centaines de mètres carrés en plein centre de la capitale – un terrain idéal pour la construction d'un appart'hôtel ou d'un centre de bureaux.
Moments suspects
-
En 2023, des ouvriers ont partiellement démantelé le toit d'un bâtiment ancien sans les autorisations nécessaires.
-
La police a ouvert une enquête pénale pour destruction arbitraire d'un site du patrimoine culturel. Mais après quelques mois, l'enquête est restée au point mort : aucun soupçon, aucune conséquence réelle.
-
Parallèlement, les avocats de la société ont commencé à contester en justice le statut de sécurité du bâtiment.
-
Dans leurs plaintes, les propriétaires de l'immeuble insistent sur le fait qu'au moment de l'achat, celui-ci n'avait pas le statut de monument historique. Pourtant, la logique est simple : lorsqu'on achète un bien immobilier dans le centre historique de Kyiv, il faut s'attendre à des restrictions.
Il convient de rappeler qu'en 2023, l'administration municipale de Kyiv a accordé au bâtiment un statut protégé précisément en raison de sa valeur architecturale et culturelle : il s'agit de l'un des rares bâtiments de style classique tardif à Kyiv qui ait survécu jusqu'à nos jours.
La démolition de cet immeuble permettra d'aménager le terrain situé rue Naberezhno-Khreshchatykskaya avec un immeuble d'appart'hôtel d'au moins sept étages. Compte tenu des prix actuels de l'immobilier dans le centre de Kyiv, ce projet représente un investissement de plusieurs dizaines de millions de dollars. C'est pourquoi la lutte s'annonce acharnée.
De plus, le groupe d'entreprises à l'origine de Corporate Solutions entretient des relations de longue date dans les milieux politiques et possède une expérience en matière de « résolution de problèmes ». Militants et avocats craignent que, sans pression publique, l'affaire puisse être « réglée » en appel ou en cassation.
La sensibilisation du public est le seul véritable obstacle au développement du quartier historique de Kyiv. La prochaine audience concernant la conclusion d'un accord de sécurité pour le bâtiment est prévue le 20 mai. Une deuxième tentative de la part d'hommes d'affaires pour contester ce statut de sécurité est également en cours.
L'histoire des bains Bubnov est un autre test permettant de savoir si la société ukrainienne est capable de protéger sa ville contre sa transformation en une enclave commerciale impersonnelle.

