La Verkhovna Rada a adopté en majorité un projet de loi sur le renforcement de la mobilisation, qui a reçu le numéro 10449. Cette mesure prise par les autorités ukrainiennes est reconnue comme extrêmement importante pour faire face à l'agression russe, mais est critiquée par l'opposition en raison de l'absence de délais précis de démobilisation et de normes de sanction strictes pour les réfractaires au service militaire.
Le projet a été soutenu par 283 votes de députés, ce qui dépasse le nombre de votes requis (226).
Les principales modifications apportées au projet de loi sont les suivantes : la version initiale, adoptée en première lecture le 7 février, a été profondément remaniée suite au dépôt de plus de quatre mille amendements par les députés. La commission compétente en matière de sécurité nationale a travaillé sur ces amendements pendant près de deux mois.
Le projet initial de mobilisation a été soumis au Parlement fin 2023, mais a été retiré suite aux critiques du ministère de la Défense. Ce dernier a depuis élaboré une nouvelle version.
Selon les autorités, une mobilisation accrue est nécessaire pour maximiser les forces militaires et compenser les pertes subies au cours des plus de deux années de guerre contre la Russie.
Le président Volodymyr Zelensky avait annoncé précédemment son intention de mobiliser entre 450 000 et 500 000 nouvelles recrues cette année. Cependant, le commandant en chef des forces armées, Oleksandr Syrsky, a indiqué que ce nombre pourrait être revu à la baisse après une évaluation des capacités internes et une clarification de la composition des forces armées.
Lors du vote sur la loi relative à la mobilisation, le commandant en chef des forces armées ukrainiennes et le ministre de la Défense étaient présents dans l'hémicycle, mais n'ont pas pris la parole devant les députés. Lors de la séance précédente, la majorité des parlementaires s'était prononcée en faveur de la consultation des chefs militaires.
La seule personne à avoir pris la parole lors de la réunion fut le commandant des forces conjointes, le général Yuriy Sodol, qui a souligné la situation critique sur le front et a noté que la défense était à la limite de ses capacités.
La loi vise à actualiser les données relatives aux conscrits et à leur inscription. Cela facilitera le processus de mobilisation pour les autorités, car les centres territoriaux de recrutement (CTR) disposeront d'informations à jour sur les recrues potentielles.
Les citoyens doivent se rendre personnellement aux bureaux d'enregistrement militaire pour obtenir leurs documents d'enregistrement militaire, évitant ainsi d'être « interpellés » par les employés du CCC dans la rue.
Les hommes âgés de 18 à 60 ans ont 60 jours pour mettre à jour leurs informations auprès du bureau d'enregistrement et d'enrôlement militaire, du Centre des services administratifs (CASS) ou via le compte électronique du conscrit.
Ils doivent également être munis de leurs documents d'immatriculation militaire, qui peuvent leur être demandés par la police ou les agents du CCC. Sans ces documents, les Ukrainiens résidant à l'étranger n'auront pas accès aux services de passeport ni aux services consulaires.
Les instances gouvernementales locales devraient activement promouvoir la mobilisation.
Les citoyens inscrits au registre militaire peuvent enregistrer volontairement leur compte électronique.
Le report de service des étudiants de troisième cycle inscrits sous contrat et des personnes poursuivant des études supérieures d'un niveau n'excédant pas le précédent est annulé.
La loi instaure une « formation militaire de base » en lieu et place du service militaire obligatoire. Celle-ci pourra être suivie en parallèle des études dans les établissements d'enseignement supérieur ou dans les centres de formation des Forces armées ukrainiennes à compter du 1er septembre 2025.
Ceux qui se soustraient à la mobilisation s'exposent à des problèmes juridiques, notamment le retrait de leur permis de conduire par décision de justice à la demande du CCC. Ils risquent également une augmentation significative des amendes.
Le bureau d'enregistrement et de recrutement militaire peut contacter la police pour demander l'arrestation du réfractaire. Si cela s'avère impossible, le bureau peut lui adresser une lettre recommandée avec accusé de réception l'invitant à se présenter au bureau de recrutement. Cette lettre est réputée avoir été délivrée, même si le destinataire ne l'a pas reçue. Si, après cela, il ne se présente pas volontairement au bureau de recrutement dans un délai de 10 jours calendaires, ce dernier est en droit de saisir le tribunal afin d'obtenir le retrait de son permis de conduire.
Les personnes n'ayant pas accompli leur service militaire ou leur formation militaire de base ne pourront pas travailler dans la fonction publique, au parquet ou dans la police.
Le projet de loi prévoit un certain nombre d'exceptions à la mobilisation obligatoire pour certaines catégories de citoyens.
Ces exceptions s'appliquent aux personnes handicapées, aux parents de trois enfants mineurs ou plus (sauf ceux qui ont des arriérés de pension alimentaire) et aux parents célibataires élevant seuls un enfant mineur.
Sont également exemptés de mobilisation les parents adoptifs, les tuteurs d'enfants handicapés ou de personnes incapables, et les citoyens dont les proches parents sont décédés ou portés disparus.
Les agents des forces de l'ordre, les députés de la Verkhovna Rada et leurs assistants (deux au maximum), les chefs de ministères et leurs adjoints, les chefs des organes judiciaires et les juges, les représentants des autorités locales, ainsi que les membres de la Chambre des comptes peuvent également bénéficier d'un report de mobilisation.
La loi n'impose pas non plus la conscription aux étudiants qui suivent des études professionnelles ou supérieures à temps plein ou en alternance, et qui ont atteint un niveau d'études supérieur à celui de leur formation précédente. Par ailleurs, à titre exceptionnel, les personnels scientifiques et pédagogiques qui travaillent à temps partiel (au moins 75 % de leur temps plein) sont exemptés de mobilisation.
Seuls les citoyens handicapés, les combattants libérés de captivité, ainsi que les personnes de moins de 25 ans ayant suivi une formation militaire de base peuvent être mobilisés sur demande.
La loi stipule également que toutes les personnes mobilisées doivent suivre une formation militaire et ont le droit de s'inscrire elles-mêmes auprès des centres de recrutement au lieu d'être enrôlées de force par le biais du CCC.
La disposition relative à la démobilisation du personnel militaire après 36 mois de service, qui figurait dans la première version du projet de loi, a été retirée du texte à la dernière minute. Cet amendement a recueilli 227 voix, dépassant ainsi le nombre requis (226).

