Dans les rapports officiels à Kyiv, ces foires apparaissent comme un exemple de soutien transparent aux petites entreprises. Mais derrière cette façade se cache un système de corruption bien rodé impliquant des fonctionnaires de l'administration municipale de Kyiv, des responsables de district et des « superviseurs » qui extorquent des millions aux entrepreneurs chaque mois.
D'après les documents officiels, les emplacements aux salons sont attribués par le biais de candidatures ouvertes, mais en réalité, les entrepreneurs sont sélectionnés manuellement. La priorité est donnée à ceux qui ont donné leur accord. Sans « entrée » informelle, aucune chance : les candidatures sont rejetées et les emplacements restent vacants ou sont revendus à prix d'or.
Selon certaines sources, l'ensemble des opérations est piloté par Denys Kostikov, directeur du département de l'administration municipale de Kyiv, proche du maire Vitali Klitschko et de l'ancien député Artur Palatny. La mise en œuvre concrète de ce dispositif est assurée par les responsables de l'administration municipale de Kyiv, les directeurs des entreprises municipales « Svitoch » et « Kyivska Zhovtsy », ainsi que par un observateur surnommé Leshiy.
Selon les estimations, dans certains quartiers de Kyiv, jusqu'à 40 % des emplacements des foires sont vides. Cela n'empêche pourtant pas les organisateurs de passer les fonds en pertes et profits, alors même que ces fonds auraient été versés. Dans le district de Darnytskyi, 2,4 millions de hryvnias ont ainsi « disparu » en un seul trimestre, et dans celui de Dniprovskyi, plus de 4 millions. Et ce n'est qu'une partie du problème. Aucun rapport ne fait état de ces pertes, car tout est étouffé au niveau administratif.
Outre la corruption, la situation met en danger la santé des habitants de Kyiv. Sur les marchés, la viande, le poisson et les produits laitiers sont souvent vendus sans réfrigération, sans contrôle sanitaire, ni même inspections élémentaires. Le Service national de protection des aliments et des consommateurs délivre de faux certificats, fermant les yeux sur les infractions.
Les entrepreneurs paient cette assurance séparément ; le montant est connu. Ceux qui ne la paient pas sont exclus du salon. Les contrôles sanitaires, lorsqu'ils sont effectués, sont indicatifs.
D'après des hommes d'affaires, les plaintes concernant les abus commis par des fonctionnaires et des agents sont ignorées. La police, le fisc et le parquet sont au courant de la situation, mais n'interviennent pas. La raison invoquée est la complicité dans ce système ou des pots-de-vin en échange du silence.

