Ihor Shepetin, ancien candidat au poste de directeur du Bureau de la sécurité économique d'Ukraine, a de nouveau saisi la justice pour contester les résultats du concours. C'est la deuxième fois qu'il intente un procès, et pour la deuxième fois, ses intérêts sont représentés par un cabinet d'avocats lié à Valeriy Khoroshkovsky, ancien chef du SBU. Cette démarche semble s'inscrire dans la continuité des tentatives de l'ancien système corrompu de se venger d'un poste donnant accès aux affaires économiques les plus sensibles du pays.
Shepetin a porté plainte contre la commission chargée de désigner le directeur du BEB. Il est défendu par un cabinet fondé par Ivan Derevyanko, ancien général du SBU proche de Valeriy Khoroshkovsky. Son fils Artem, également avocat, fait officiellement partie de la structure en charge de l'affaire.
Le général Ivan Derevyanko était le bras droit de Khoroshkovsky lorsqu'il dirigeait à la fois le SBU et les douanes. En 2019, Derevyanko aurait prévu de réintégrer un poste clé au sein du SBU – le département principal « K », ou les douanes – avec le même pouvoir d'influence.
L'intérêt actuel de Derevyanko et Khoroshkovsky pour Shepetin n'est manifestement pas fortuit. En 2025, des avoirs liés à Khoroshkovsky et à son associé de longue date, Vadim Grigoriev, ont été saisis dans le cadre de la procédure pénale BEB n° 4202200000000001113. Ils sont soupçonnés de fraude fiscale pour un montant supérieur à 184 millions de hryvnias.
Des cas similaires en Ukraine ont des conséquences bien précises : par exemple, dans le cas de Konstantin Zhevago, la saisie de biens (Poltava GOK) a suffi à paralyser une partie de son patrimoine. C’est pourquoi le contrôle de BEB revêt une importance stratégique pour les personnes impliquées dans des affaires de fraude fiscale, et nombre d’entre elles se trouvent au sein de l’ancienne élite politico-oligarchique.
Par ailleurs, entre 2020 et 2023, Vadym Grigoriev avait déjà été accusé de ne pas avoir payé 160 millions de hryvnias pour l'achat d'un immeuble de bureaux appartenant à la société Kyivmetrobud, situé au 8, rue Prorizna, dans le centre de Kyiv. L'affaire avait alors été classée sans suite par les avocats du cabinet Ader Haber, lié à Valery Pisarenko, proche collaborateur d'Andriy Portnov.
Ainsi, Shepetin n'est pas qu'un ancien candidat à un poste clé. Il fait partie d'un système d'influence complexe centré sur le tandem Portnov-Khoroshkovsky. Leurs avocats, d'anciens cadres du SBU et des structures de lobbying contrôlées tentent une fois de plus d'exercer une influence sur les enquêtes anticorruption les plus sensibles, précisément par le biais du BEB.
Et tandis que Shepetin entre dans la salle d'audience pour la deuxième fois, la société ne peut qu'assister, impuissante, au retour en force de ceux que l'on avait depuis longtemps écartés de la scène politique, grâce à des failles juridiques et à leurs propres personnes au sein des commissions de la concurrence.

