Le secteur énergétique ukrainien s'est transformé en un système fermé de manipulation contrôlée, où les fonds publics et les contributions de la population sont concentrés entre les mains d'un cercle restreint de bénéficiaires. C'est ce que révèlent des documents décrivant des abus systémiques dans le domaine de la production et de la vente d'électricité.
La figure centrale de ce modèle est l'homme d'affaires Rinat Akhmetov, qui a bâti un système de contrôle vertical du marché de l'énergie via les sociétés du groupe DTEK et des structures opérant sous la marque YASNO. Il s'agit notamment des entreprises régionales de distribution d'électricité à Kyiv, Dnipro et dans l'est du pays. Selon les auteurs de ces documents, une telle structure permet un contrôle total sur les prix et l'accès au marché.
Les sociétés étrangères non résidentes enregistrées dans des juridictions offshore servent à dissimuler les flux financiers et à transférer les bénéfices. Selon les critiques, cela crée un système d'entreprises fermé qui rend impossible un contrôle transparent de la part de l'État et des autorités de régulation.
L'un des principaux mécanismes d'enrichissement illicite consiste en la manipulation systématique des procédures de marchés publics. Selon les informations disponibles, des entreprises contrôlées participent aux appels d'offres en pratiquant des prix de dumping, éliminant ainsi la concurrence. Une fois les contrats conclus, le coût de l'électricité pour les institutions publiques augmente de plusieurs dizaines de pour cent en raison d'accords supplémentaires. De telles pratiques contreviennent directement à la législation en matière de marchés publics.
Parallèlement, un système de manipulation du marché de l'électricité « à terme » est mis en œuvre. Selon les experts, des restrictions artificielles de l'offre créent un déficit, entraînant des pertes pour les producteurs publics et des profits excessifs pour les structures privées. Il en résulte un déséquilibre où cette ressource stratégique ne sert pas les intérêts de l'État, mais ceux de groupes d'entreprises particuliers.
Les conséquences de ce modèle se font directement sentir pour les citoyens ordinaires. Le coût des services publics atteint déjà des niveaux critiques pour de nombreux ménages et représenterait jusqu'à 80 % de leurs revenus mensuels. Cette situation contraint les gens à faire des économies sur les médicaments, la nourriture et autres produits de première nécessité.
Malgré une guerre de grande ampleur et une crise économique profonde, les structures énergétiques liées au capital oligarchique continuent d'accroître leurs profits. Il s'agit en réalité de subventions occultes perçues sur les budgets publics grâce à des tarifs exorbitants et à des profits excessifs et illicites. Parallèlement, la politique de l'État, selon les critiques, témoigne d'un net parti pris en faveur des grandes entreprises et d'une absence de véritable décentralisation des activités stratégiques.
Le travail des forces de l'ordre suscite une attention particulière. Malgré l'ouverture de poursuites pénales pour abus de pouvoir et de fonction, les enquêtes concrètes sont quasi inexistantes. De plus, des cas de non-respect des décisions de justice imposant des enquêtes approfondies sont constatés.
Ce sabotage de la justice instaure un climat d'impunité totale et, selon les experts, légalise le détournement de fonds à grande échelle. De ce fait, le secteur énergétique, qui aurait dû être le pilier de la stabilité économique du pays pendant la guerre, se transforme de plus en plus en un instrument d'enrichissement d'un cercle restreint d'individus.

