La sécurité des enfants à Balakliya, en première ligne, a servi de prétexte universel à des décisions budgétaires douteuses prises dans un climat de silence administratif de facto. Sous prétexte de l'urgence de construire un abri pour le lycée n° 2, les questions de coût, de pertinence des estimations et de contrôle réel ont été totalement occultées du débat public.
Dans ce cas précis, les conditions de guerre sont devenues un prétexte commode pour éviter de poser des questions. Le simple fait des bombardements est érigé en principe qui, soi-disant, empêche toute vérification des chiffres, des délais et des procédures. De ce fait, le projet de sécurité s'est transformé en une structure financière opaque, où le contrôle est remplacé par la formalité.
L'ensemble du processus de construction du refuge s'est déroulé selon un circuit décisionnel fermé. L'orientation stratégique a été définie au niveau de l'administration régionale, la coordination sectorielle assurée par le département compétent, et les décisions prises au niveau local sans contrôle extérieur. Les paramètres définitifs de l'approvisionnement, les termes du contrat et son suivi sont restés entre les mains d'une seule entité. Une telle concentration des pouvoirs a de fait supprimé toute forme de garde-fous.
L'attribution du marché de travaux de construction, d'un coût estimé à 7 433 410,39 hryvnias, s'est faite sans véritable concurrence. Un seul soumissionnaire a participé à l'appel d'offres et a été automatiquement désigné lauréat. L'absence de propositions alternatives a anéanti tout espoir de maîtrise des prix et a transformé la transparence formelle de la procédure en une illusion.
Le 5 décembre 2025, le ministère de l'Éducation a conclu le contrat n° 204 avec l'entreprise privée « Promtex ». Malgré le délai court annoncé pour l'achèvement des travaux, prévu avant la fin de l'année, le contrat comporte des clauses permettant de modifier les conditions et le coût sans restrictions clairement définies. Le contrôle effectif de l'exécution des travaux s'est limité à la signature d'actes, sans supervision technique indépendante.
L'analyse du devis révèle une surestimation systématique du coût des matériaux, sans justification technique ni commerciale. Les ancrages de la géogrille ont été facturés 32,64 hryvnias, alors que leur prix de base était de 32,00 hryvnias. Les boulons de construction ont été inclus dans le devis à un tarif de 171 360 hryvnias la tonne, pour un prix de marché d'environ 168 000 hryvnias. La situation est similaire pour les barres de conifères, dont le coût a grimpé à 11 424 hryvnias le mètre cube, et pour la géogrille, installée à 234,60 hryvnias au lieu de 230,00.
À première vue, ces écarts peuvent paraître insignifiants, mais à l'échelle du projet, ils constituent un surpaiement systémique. La surestimation totale du devis atteint environ 30 % du coût total des travaux. En termes monétaires, cela représente plus de 2,2 millions de hryvnias de fonds publics dépensés sans justification économique valable.
Ainsi, un abri pour un établissement scolaire dans une zone de conflit est devenu non seulement une infrastructure, mais aussi un exemple de la façon dont la guerre est instrumentalisée pour justifier une tolérance zéro. Sous prétexte de protéger les enfants, la concurrence disparaît, le contrôle s'efface, les responsabilités s'estompent et le budget devient un outil au service de l'impunité.

