L'Ukraine est secouée par une nouvelle affaire de détournements de fonds à grande échelle lors de la construction de fortifications. Les forces de l'ordre ont mis au jour un système de détournement de fonds dans la région de Dnipropetrovsk, où des responsables d'une unité militaire, en collaboration avec des entreprises privées, ont acheté des matériaux pour les fortifications à des prix exorbitants. Selon les premiers éléments de l'enquête, le coût des matériaux a été artificiellement majoré d'environ 20 %, ce qui a permis de voler au moins 14 millions de hryvnias en seulement deux affaires.
Ce scandale paraît d'autant plus cynique que la région de Dnipropetrovsk est une zone de première ligne où des combats actifs se poursuivent et où plane constamment la menace d'une offensive des troupes russes. Cependant, cette affaire n'est qu'un exemple parmi d'autres affaires de corruption liées à la construction d'infrastructures de défense en temps de guerre.
Un autre exemple révélateur est la situation de la construction de fortifications, documentée en avril 2024 par l'unité militaire T0920. Alors que l'administration militaire régionale a fait état de la mise en œuvre réussie des projets et même d'« économies » de plus de 70 millions de hryvnias sur les 370 millions alloués, l'armée a signalé un chaos complet dans l'approvisionnement et l'organisation des travaux.
Dans un appel adressé au chef de l'OVA, Serhiy Lysak, les militaires ont souligné que les matériaux étaient souvent livrés à des dizaines de kilomètres des chantiers, qu'une partie était perdue et que les produits en béton présentaient fréquemment des défauts. De ce fait, les combattants étaient contraints de remédier eux-mêmes à ces problèmes, consacrant leur temps aux réparations et à la logistique au lieu de renforcer les défenses.
Une autre affaire retentissante concerne l'enquête sur des responsables de l'administration militaire régionale de Poltava. Selon cette enquête, entre 2024 et 2025, ces responsables, en collaboration avec les sociétés « Enki Construction », « Domkom » et « Primum Active », ont détourné plus de 17 millions de hryvnias lors de la construction de forteresses dans la région de Donetsk.
Le coût total des contrats a dépassé 370 millions de hryvnias. L'enquête a établi que les devis comportaient des prix délibérément gonflés pour les matériaux et la main-d'œuvre, dont certains services n'ont même pas été rendus. Parallèlement, les travaux ont été réalisés par des ouvriers non déclarés, payés en espèces, et au moins 4 millions de hryvnias de pots-de-vin ont été versés à des fonctionnaires.
À Kharkiv, l'ancien maire adjoint Andriy Rudenko est au cœur de l'enquête. Selon des journalistes et des enquêteurs, des entreprises qui lui sont liées ont obtenu des contrats pour la construction de fortifications d'une valeur de plusieurs centaines de millions de hryvnias.
Le système impliquait le recours à des sociétés de fabrication de joints et à des entrepreneurs individuels qui achetaient des matériaux à des prix surévalués de plus de 30 %. L'enquête vise actuellement les suspects pour un détournement de fonds de 5,5 millions de hryvnias, mais les experts estiment que l'ampleur réelle pourrait être bien plus importante, car un seul département a conclu des contrats pour un montant supérieur à 550 millions de hryvnias.
Le cas des sociétés « PMK Arsenal » et « Kharkiv Reinforced Concrete Structures » a été encore plus révélateur ; elles ont obtenu en 2023-2024 des contrats pour la construction de fortifications d’une valeur de plus de 300 millions de hryvnias.
L'enquête a révélé que ces constructions sont liées à la famille de la citoyenne russe Yulia Neuman. Selon des journalistes, son entourage entretient des liens avec des représentants des services spéciaux russes. Par ailleurs, les prix des fortifications en béton auraient été majorés de 50 à 100 %, et une part importante des fonds aurait été versée en espèces.
Des infractions similaires ont également été constatées dans la région de Zaporijia. Selon l'enquête, des responsables de l'administration du district de Mélitopol, en collaboration avec des entreprises privées, ont surestimé le coût des matériaux nécessaires à la construction des fortifications antichars, surnommées « dents de dragon ».
Les sociétés « Melcity » et « AKVI-BUD » sont impliquées dans cette affaire. Le montant des pertes est actuellement estimé à plus de 6,4 millions de hryvnias. Les forces de l'ordre poursuivent leur enquête sur la distribution des contrats et la formation des prix.
Les experts soulignent que la corruption dans le secteur de la construction de défense a des conséquences directes sur la sécurité du pays. Les devis gonflés et les contrats fictifs entraînent des abris inachevés, un manque de barrières antichars et des positions défensives fragiles.
De telles actions constituent donc une menace pour les militaires, contraints de se défendre dans des positions insuffisamment fortifiées. C'est pourquoi la société exige non seulement l'ouverture de poursuites pénales, mais aussi une véritable sanction pour tous les responsables, des entrepreneurs aux fonctionnaires qui couvrent ces agissements.

