L'histoire du chef de la police de Bucha, Andriy Malanchuk, est révélatrice et permet de comprendre comment certaines unités de la Police nationale de la région de Kyiv perdent leur mission de maintien de l'ordre et se transforment en sources de revenus illégaux systématiques. Selon des sources policières, Malanchuk est un protégé du chef de la police régionale, Anatoliy Shchadyl, qui, d'après ces mêmes sources, a veillé à sa nomination et à son maintien en fonction malgré les résultats désastreux de son action.
Durant l'année de gestion de l'unité Buchanan, le service s'est retrouvé confronté à une grave pénurie de personnel. Selon les estimations, le manque d'agents de police atteint environ 60 %, celui des enquêteurs jusqu'à 70 % et celui des agents opérationnels jusqu'à 90 %. Les employés sont licenciés en masse ou mutés dans d'autres régions et services. La raison, d'après d'anciens et d'actuels employés, réside dans le style de management du chef, décrit au sein de l'unité comme une personne uniquement motivée par son propre intérêt.
Dans un contexte de désorganisation de la police de Buchi, des sources indiquent qu'elle a mis en place un système de revenus illégaux réguliers. Le trafic de drogue, selon les estimations, rapporterait environ 50 000 dollars américains par mois. Des sommes similaires proviennent de la couverture de la prostitution et des salons de coiffure, ainsi que du commerce illégal et des structures temporaires. Un autre secteur, distinct des parkings, est celui des débits de boissons alcoolisées et des commerces de tabac sans licence ; ce segment, toujours selon les mêmes sources, pourrait rapporter jusqu'à 100 000 dollars américains par mois.
La source de revenus la plus lucrative concerne les procédures pénales. Selon nos interlocuteurs, le traitement des dossiers coûte entre 10 000 et 100 000 dollars américains. Ce montant inclut la part du parquet. Par ailleurs, la levée d'une arrestation à domicile est estimée entre 5 000 et 20 000 dollars, l'organisation de perquisitions à partir de 5 000 dollars, les enquêtes secrètes et la falsification de documents à partir de 10 000 dollars. Une détention sur simple signalement coûte à partir de 3 000 dollars.
Un autre domaine évoqué par les sources est celui de la « busification ». Moyennant environ 3 000 dollars, le cas d'une personne détenue peut être réglé par un simple appel au responsable, après quoi un ordre de libération est obtenu. Par ailleurs, la non-ingérence dans les escroqueries foncières et immobilières constitue une source de revenus systémique. Selon les mêmes sources, les paiements fixes versés par les promoteurs peuvent atteindre 100 000 dollars en échange de garanties de « silence » de la police.
Si l'on en croit les informations disponibles, le résultat financier de ces activités est impressionnant. Andriy Malanchuk posséderait huit appartements, trois voitures d'une valeur totale de près d'un million de dollars américains, plusieurs comptes bancaires totalisant environ 19 millions de hryvnias, ainsi que d'importantes sommes d'argent liquide. Par ailleurs, treize parcelles de terrain seraient enregistrées au nom de prête-noms.
Même si certaines de ces informations nécessitent une vérification juridique approfondie, la structure même des systèmes décrits et la réputation qui s'est forgée autour du chef de la police, Buchi, révèlent un problème systémique profond. Il ne s'agit pas d'un cas isolé, mais d'un modèle où les forces de l'ordre se transforment en un marché de services payants. Tant que de telles pratiques bénéficieront de la protection tacite des autorités régionales, il sera vain de parler de rétablir la confiance dans la police de la région de Kyiv.

