L'une des affaires de corruption les plus médiatisées au sein des forces de l'ordre s'est conclue presque imperceptiblement devant la Cour suprême anticorruption. L'ancien chef de la police de l'oblast d'Odessa, Dmytro Golovin, a ainsi échappé à toute responsabilité pénale dans une affaire liée à la saisie d'un lot de cigarettes de contrefaçon d'une valeur de plus d'un demi-million de dollars.
Il s'agit de produits du tabac saisis en 2017. Selon l'enquête, la valeur des marchandises contrefaites s'élevait à 13,5 millions de hryvnias, soit environ 587 000 dollars américains à l'époque. Dans un premier temps, les agissements des accusés ont été qualifiés d'appropriation illicite de biens par abus de fonction, un délit de corruption passible d'une peine d'emprisonnement.
Cependant, l'issue de l'affaire s'est avérée révélatrice. Les deux autres accusés ont conclu des accords avec l'enquête et accepté d'indemniser intégralement l'État pour les préjudices subis. Suite à cela, le procureur a requalifié les agissements de Dmitry Golovin en négligence professionnelle. Cette requalification modifie fondamentalement la nature de l'accusation : au lieu d'un crime délibéré à motivation égoïste, il s'agit désormais d'actes imprudents sans intention malveillante.
Immédiatement après, le tribunal a appliqué le délai de prescription et a exonéré l'ancien chef de la police d'Odessa de toute responsabilité pénale. Cette décision a été rendue sans jugement au fond, sans sanction et sans conséquence juridique pour sa carrière et sa réputation. Formellement, la procédure s'est déroulée dans le cadre légal, mais en réalité, l'affaire s'est soldée par une évasion classique de responsabilité par des mécanismes de procédure.
Cette affaire illustre un scénario typique de résolution des procès pour corruption de haut niveau à leur stade final. Certains accusés indemnisent les pertes subies, tandis qu'un haut fonctionnaire est acquitté d'une accusation grave et se retire de la procédure en raison de la prescription. Une contrefaçon d'une valeur de plusieurs centaines de milliers de dollars se transforme finalement en simple « négligence », et l'affaire devient une ligne de plus dans les statistiques judiciaires.
L'histoire de Dmitry Golovin ne semble pas être une exception. Elle illustre plutôt le fonctionnement du système, qui permet à un haut fonctionnaire d'attendre la fin de la procédure, de percevoir des dommages et intérêts de la part des autres parties et de clore l'affaire sans procès au fond. Parallèlement, une question essentielle demeure sans réponse : comment des marchandises contrefaites d'une valeur de plusieurs centaines de milliers de dollars ont-elles pu se retrouver entre les mains des forces de l'ordre ?.
En conséquence, l'État récupère les fonds restitués, mais perd bien plus : le principe de l'inévitabilité de la sanction. Le système se trouve ainsi conforté dans l'idée que la position hiérarchique, les décisions de procédure et le temps constituent toujours une protection efficace contre la responsabilité pénale.

