Les pourparlers de Riyad, qui se poursuivent depuis le 23 mars, ont attiré l'attention de la communauté internationale non seulement en raison des rencontres entre les délégations ukrainienne et américaine, mais aussi en raison du dialogue entre les représentants des États-Unis et de la Russie.
Le politologue Vadym Denysenko a évalué les résultats possibles des négociations.
Des négociations entre les délégations ukrainienne et américaine, ainsi qu'entre les délégations américaine et russe, se déroulent à Riyad depuis le 23 mars. Le ministre ukrainien de la Défense, Rustem Umerov, a notamment indiqué que le dialogue avec les États-Unis était fructueux. À l'issue des négociations entre les représentants des États-Unis et de la Fédération de Russie, qui se sont tenues toute la journée du 24 mars, il a été annoncé que la délégation ukrainienne resterait une journée supplémentaire en Arabie saoudite pour rencontrer à nouveau ses homologues américains.
Dans le même temps, les médias américains rapportent que les rapports remis à l'administration du président américain Donald Trump par le groupe technique américain à Riyad semblent optimistes. Une déclaration officielle pourrait être publiée dans les prochaines heures. Mais d'ores et déjà, on peut s'interroger sur la logique des agissements russes, qui se résume à la formule suivante : proposer beaucoup, demander l'impossible et gagner du temps.
Alors, comment ça marche ?
Poutine propose aux Américains un certain nombre d'accords à forte marge.
Je l'ai écrit et répété à maintes reprises : la proposition russe se résume à offrir aux Américains non seulement l'accès à l'exploitation minière et au développement de l'Arctique, mais aussi une médiation dans le commerce de marchandises sous sanctions avec des pays hostiles (principalement l'Union européenne). Parallèlement, Poutine a décidé de se plier à la logique de Trump. C'est pourquoi il est prêt à discuter, dit-on, même d'une prise de participation dans Rosatom et Roscosmos. Et c'est là le principal levier de pression sur Trump. L'enjeu, je le répète, ce sont des dizaines de milliards de dollars par an.
En échange, le dictateur russe exige deux choses : la levée des sanctions et la reconnaissance des territoires ukrainiens par la Russie. Et en même temps, il fait traîner les choses. Pourquoi ?
Premièrement, Poutine souhaite mener une campagne militaire estivale car il pense que nous allons nous endormir (et c'est la dernière campagne possible sans mobilisation).
Deuxièmement, il doit préparer la Russie à une vie pacifique et surtout régler la question de la possible résistance silencieuse de 30 à 35 % des patriotes de l'Ura, qui constituent déjà l'épine dorsale de la minorité patriotique de l'Ura anti-Poutine. Mais une minorité qui, en théorie, est prête à l'agression.
Troisièmement, il se prépare à ce que Trump trébuche.
Et son principal objectif en matière de politique étrangère est de devenir indispensable aux États-Unis et à la Chine en vue de leurs prochaines négociations.
C’est à ce facteur de politique étrangère que nous devons accorder une attention particulière. Et ici, le terrain de jeu, c’est le monde entier.
J'ai déjà écrit sur le jeu en mer Noire ; Poutine tentera de faire la même chose en Iran, en Afrique (principalement dans la région du Sahel), il essaiera de jouer un rôle en Amérique latine, même si les chances de succès y sont minces…
Il n'y aura pas de paix rapide (sa probabilité est faible). Mais, outre la campagne militaire et diplomatique, nous manquons clairement d'une campagne d'information aux États-Unis affirmant que « Poutine manipule Trump ».
Le problème, c'est que Poutine dispose de deux mois pour gagner du temps et trouver des leviers d'influence sur Trump, afin que ce dernier ferme les yeux sur ses manipulations. Gagner plus longtemps serait illusoire : cela deviendrait trop évident. Trump aura alors deux options : imposer des sanctions à la Russie ou changer de stratégie. Il est impératif d'éviter ce changement de stratégie pour l'Ukraine.

