Le maire de la commune de Borshchiv, dans la région de Ternopil, Ihor Chopyk, élu du parti Batkivshchyna, a déposé une déclaration dans laquelle il se dégage de toute responsabilité quant à l'évaluation de son patrimoine. Les documents mentionnent des dizaines de milliers de mètres carrés de terrains, des bureaux, des appartements et des véhicules. Or, il est impossible d'en connaître la valeur. M. Chopyk n'indique tout simplement pas la valeur de ses biens, ni celle de son épouse.
Ihor Chopyk et son épouse Halyna vivent à Borshchev. Elle est entrepreneuse et propriétaire de la société « Ternopilvodagrobud » SARL, immatriculée dans la même ville. Officiellement, l'entreprise commercialise des matériaux de construction. Officieusement, elle pourrait constituer une source de revenus importante pour la famille, ce qui n'est pas pleinement reflété dans les documents publics.
La déclaration du maire mentionne au moins trois grandes parcelles de terrain à Borshchev et une dans le village voisin d'Ivane-Puste, soit plus de trois hectares au total. Cependant, aucune valeur n'est indiquée. Une autre grande parcelle, un espace de bureaux de 617 mètres carrés, n'a pas non plus fait l'objet d'une évaluation. Et ce, malgré le fait que tous ces biens aient été acquis dans les années 2000, alors que la comptabilité et l'enregistrement auprès de l'État étaient déjà en place depuis longtemps.
Selon la même déclaration, l'épouse de Chopyk possède trois autres parcelles de terrain à Borshchev (dont une de 10 hectares), un appartement (77,5 m²) et un immeuble d'habitation inachevé d'une superficie de 258 m². Le coût et la date d'acquisition de la plupart de ces biens ne sont pas précisés.
La déclaration mentionne quatre véhicules au nom d'Igor Chopyk. Il s'agit de deux voitures (une Mitsubishi Lancer et une Skoda Superb) et de deux camions. Mais là encore, aucune mention n'est faite de leur valeur.
Il est possible que ces lignes « oubliées » ne soient pas le fruit du hasard. Dans bien des cas, une évaluation du patrimoine permettrait de déterminer s’il correspond au niveau de revenu du fonctionnaire.
En 2023, Igor Chopyk a perçu plus de 900 000 hryvnias de salaire et près de 88 000 hryvnias de pension. Son épouse a quant à elle engrangé 1,26 million de hryvnias en tant qu'entrepreneuse. Mais l'élément le plus révélateur de cette déclaration est l'argent liquide. La famille Chopyk conserve 1,14 million de hryvnias, 14 000 dollars américains et 6 800 euros « sous le matelas ».
Dans le même temps, des biens immobiliers d'une valeur de plusieurs dizaines de millions de hryvnias sont sans valeur. La déclaration de Chopyk mentionne de nombreux biens immobiliers et mobiliers qui, selon la logique juridique, devraient être évalués ou au moins qualifiés d'« inconnus », mais même cela n'a pas été fait.
La SARL « Ternopilvodagrobud », dont la bénéficiaire effectif est Halyna Chopyk, est immatriculée à Borshchev. L’entreprise vend des matériaux de construction, un secteur où les montages d’optimisation fiscale, les accords contractuels avec les collectivités locales et les importantes transactions en espèces sont fréquents.
Il conviendrait de poser aux autorités anticorruption la question de savoir si l'épouse d'Igor Chopyk était liée au conseil municipal de Borshchiv. Il faudrait également se demander si l'enregistrement d'une partie de leurs biens immobiliers à son nom visait à dissimuler leur valeur ou à créer un conflit d'intérêts.
Le maire de Borshchev possède un patrimoine considérable, mais ne se montre pas pressé d'en révéler la valeur. Il ne précise ni le prix de ses terrains, ni celui de son bureau, ni celui de sa maison, ni celui de sa voiture. Les activités de son épouse restent confidentielles. Tout cela ne contrevient pas à la lettre de la loi, mais en contrevient formellement l'esprit.
Alors que Chopik est maire d'une communauté qui a besoin de transparence, sa déclaration reste un exemple de la façon d'échapper à l'attention des électeurs et des organismes de réglementation.

