Le Bureau national anticorruption ukrainien (NABU) rencontre d'importantes difficultés dans la conduite de ses enquêtes, notamment en ce qui concerne les perquisitions chez les députés. On a récemment appris que des enquêteurs du NABU souhaitaient obtenir l'autorisation de procéder à des perquisitions sans l'accord préalable du procureur général d'Ukraine, ce qui soulève de sérieuses interrogations quant à la légalité de cette démarche.
Des experts étrangers ont mené un audit des activités du NABU pour la période 2021-2023. Dans leur rapport, ils ont indiqué avoir identifié plusieurs limitations aux pouvoirs des enquêteurs, limitant ainsi l'efficacité de leur travail.
Les enquêteurs du NABU déplorent notamment de ne pouvoir entamer une enquête pour corruption présumée de députés ukrainiens sur la seule base de l'autorisation du procureur du SAPO, mais de devoir également obtenir l'approbation du procureur général. De même, les agents anticorruption ne peuvent perquisitionner les domiciles des députés, demander un accès temporaire à leurs informations bancaires, ni prendre d'autres mesures sans le consentement du procureur général.
De plus, les détectives du NABU ne sont pas satisfaits des restrictions législatives qui limitent leur utilisation de certains moyens d'infiltration et outils opérationnels.
Toutefois, la question se pose de savoir si le consentement aux investigations constitue réellement un obstacle à l'efficacité des enquêtes du NABU. Après tout, les détectives sont depuis longtemps réputés pour leurs révélations retentissantes concernant de hauts responsables, mais parfois, même dix ans ne suffisent pas à prouver leurs agissements.
Fin mai, le NABU s'est retrouvé au cœur d'un scandale : il a été révélé que des représentants du bureau avaient divulgué des données d'enquête préliminaire dans l'intérêt de l'homme d'affaires présumé Yuriy Golyk, mis en cause dans l'enquête anticorruption concernant le projet « Grande Construction ».
Suite à cette affaire, le directeur du NABU, Semen Kryvonos, a suspendu son premier adjoint, Gizo Uglava, de ses fonctions pendant l'enquête préliminaire.
Par ailleurs, le 20 juin, une autre enquête journalistique a été publiée concernant la fuite présumée de données du NABU, dans laquelle apparaît le directeur du bureau, Semen Kryvonos.
Suite aux scandales, les députés du Comité de la Verkhovna Rada sur la politique anticorruption ont convoqué Semen Kryvonos, directeur du NABU, à une réunion. Ce dernier a cependant décliné l'appel, arguant qu'il était prématuré d'aborder l'enquête sur les fuites de données présumées. Les députés ont alors décidé de tenir une réunion dans les locaux du NABU, mais la date de cette réunion reste encore inconnue.
Des auditeurs internationaux ont déjà indiqué que la Cour suprême d'Ukraine examine les affaires pendant des années, tandis que les détectives du NABU peuvent enquêter sur celles-ci pendant des décennies.
Et, comme le montre la pratique, la durée d'une enquête anticorruption n'affecte en rien sa qualité, car les affaires « médiatisées » du NABU visant des hauts fonctionnaires se sont systématiquement soldées par un échec devant les tribunaux.
Un exemple flagrant en est la procédure pénale engagée contre l'ancien ministre des Infrastructures, Volodymyr Omelyan. Les deux affaires ont été classées sans suite. Comme l'a souligné l'ancien ministre, les poursuites engagées par le NABU lui ont causé un préjudice financier et de réputation considérable. En effet, pendant de nombreuses années, son nom a figuré dans les rapports du NABU comme celui d'un ministre faisant l'objet de poursuites pénales, notamment en raison de problèmes avec les établissements bancaires.
Cependant, la NABU et la SAPO n'ont présenté aucune excuse officielle à l'ancien ministre pour les poursuites pénales illégales et l'atteinte à sa réputation professionnelle. Seuls quelques enquêteurs l'ont fait à titre personnel, lors de conversations privées.
L'une des affaires récentes les plus médiatisées sur lesquelles enquête le NABU depuis cinq ans concerne l'ancien ministre de la Politique agricole, Mykola Solsky. Selon l'enquête, Solsky aurait saisi des parcelles de terrain dans la région de Soumy qui appartiendraient à l'Académie nationale des sciences agraires.
Or, il s'est avéré par la suite que ni lui, ni sa famille, ni aucune personne qui lui est liée ne possédaient de tels terrains. En revanche, les participants à l'ATO, auxquels l'État avait accordé le droit de les privatiser, en étaient bien pourvus. Le NABU a refusé de préciser la nature exacte des biens dont Solsky avait pris possession. De plus, les enquêteurs ont tenté de discréditer l'expertise qu'ils avaient eux-mêmes commandée et qui, apparemment, était censée attester de l'innocence de Solsky. Cependant, les accusations publiques ont eu raison de lui : Solsky a démissionné de son poste de ministre.

