La mobilisation est devenue une décision cruciale de l'État pour protéger l'Ukraine d'une invasion russe de grande ampleur. Parallèlement, le nombre de poursuites pénales pour insoumission au service militaire, prévu par l'article 336 du Code pénal, a fortement augmenté. Des premières condamnations en 2014 aux chiffres records de 2023, la pratique judiciaire témoigne d'évolutions significatives.
2014-2015 : l’article est paru et le premier pic a été atteint
L'article 336 du Code pénal a été introduit en 2014 suite au début du conflit dans l'est du pays et à l'annonce de la mobilisation partielle. La première condamnation a été prononcée la même année. La plus forte augmentation durant cette période a eu lieu en 2015, année où les tribunaux ont prononcé 1 596 condamnations.
2016–2021 : déclin de l'activité
Par la suite, le nombre de cas a fortement diminué. En 2021, on ne comptait que 8 condamnations, soit le chiffre le plus bas depuis la parution de l'article.
2022 : le début d'une grande guerre
La première année de l'invasion à grande échelle a marqué un tournant. Alors qu'en 2021, seules deux décisions avaient été rendues, en 2022, les tribunaux ont prononcé 186 verdicts, soit 93 fois plus. 444 affaires étaient en instance.
2023 : nouveau record
L’année 2023 a été une année charnière pour la pratique judiciaire ukrainienne :
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1 257 nouveaux cas ont été ouverts ;
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plus de 1 000 verdicts ont été rendus ;
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60 personnes ont été effectivement emprisonnées ;
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Au total, 2 021 cas ont été examinés ;
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Le nombre de condamnés a atteint 930.
Cette année a rassemblé un tiers de toutes les condamnations en vertu de l'article 336 de 2014 — 3 746.
2024 : croissance de l’activité et premiers changements
En 2024, 2 694 affaires ont été portées devant les tribunaux. 618 personnes ont été condamnées, soit moins qu’en 2023. Parallèlement, le nombre de procédures classées sans suite a augmenté : 138 contre 19 en 2022.
À Kyiv, sept condamnations ont été prononcées l'an dernier, et dix-neuf affaires sont toujours en cours. La police a mené à bien 26 enquêtes et a dressé des procès à 51 personnes.
2025 : Libération conditionnelle
En septembre 2025, plus de 10 100 condamnés ont été libérés sous condition en vertu de l'article 81¹ du Code pénal ukrainien en vue de leur mobilisation dans l'armée.
Les tribunaux prononcent généralement des peines de trois à quatre ans d'emprisonnement. L'exécution effective de ces peines reste la norme, l'application de l'article 75 du Code pénal (libération conditionnelle) étant rarement utilisée.
Parallèlement, le principe de proportionnalité fait l'objet de débats au sein des tribunaux. Dans l'affaire n° 629/2438/23, un juge de la Cour suprême a relevé qu'il était inutile de qualifier la guerre de circonstance aggravante, celle-ci étant déjà intégrée à l'élément constitutif de l'infraction.
En plus de la responsabilité pénale, le Code des infractions administratives (article 210-1, partie 2) prévoit une amende pour évasion de conscription : de 1 000 à 1 500 minimums nets d'impôt, soit de 17 000 à 55 500 hryvnias.
La pratique judiciaire en matière d'insoumission en Ukraine a connu une évolution notable : des premières condamnations en 2014 à un volume record d'affaires en 2023, puis à des décisions plus souples en 2025. Aujourd'hui, les tribunaux combinent des peines strictes avec la possibilité d'une libération conditionnelle pour les personnes condamnées pour insoumission. L'équilibre entre la sanction et les besoins de l'armée demeure un enjeu majeur pour le système judiciaire d'un pays en guerre.

