Le limogeage de Maksym Ostapenko : la purge du monde culturel prend-elle de l'ampleur ?

Le 21 mai 2025, le ministère de la Culture a démis Maksym Ostapenko de ses fonctions de directeur général de la réserve nationale de la Laure des Grottes de Kyiv. Cette décision, qui s'inscrivait dans une série de scandales touchant le patrimoine culturel ukrainien, a suscité une vive réaction tant au sein de la communauté scientifique que du grand public.

Le ministère de la Culture et des Communications stratégiques a publié neuf motifs de limogeage. Parmi ceux-ci figurent une gestion prétendument inefficace, l'état insatisfaisant des installations de la Laure, la présence de représentants de l'UOC-MP dans la Laure basse, des problèmes de restauration, la couleur rouge « non naturelle » des murs de l'exposition Mazepa, ainsi que des allégations de commerce illégal et d'exploitation de cafés. Ostapenko rejette catégoriquement toutes ces accusations, les qualifiant de politiquement motivées, absurdes et relevant d'une campagne de diffamation.

Selon lui, on lui a proposé de « partir discrètement » : prendre un congé puis être muté à un poste fictif. Face à son refus, son ordre de licenciement lui a été remis sur le capot d’une voiture. Le document, affirme Ostapenko, ne portait même pas la signature du ministre.

De quoi le ministère vous accuse-t-il ? Et comment Ostapenko réagit-il ?

Ostapenko souligne que certaines accusations constituent des déformations délibérées des faits. Par exemple, il qualifie de manipulation l'accusation de « résistance insuffisante à l'influence de Moscou », puisque la loi interdisant les organisations religieuses moscovites n'est entrée en vigueur que la veille de sa libération. Quant aux travaux de restauration, il cite des exemples de projets réalisés grâce à des fonds caritatifs, et l'absence de financement public jette le doute sur le ministère lui-même.

Il a également qualifié de farce ridicule l'accusation concernant la « couleur rouge » des murs de l'exposition Mazepa, car le rouge est une couleur typiquement baroque et l'exposition elle-même a été réalisée aux frais des mécènes. Le café, dont on le tenait pour responsable, avait, selon lui, été installé à la demande des visiteurs et ne comportait que trois tables.

Nettoyage ou contrôle ?

Ostapenko évoque ouvertement le « nettoyage de la sphère » systémique qui, selon lui, se poursuit également dans d'autres institutions culturelles majeures. Il cite en exemple les conflits entourant la réserve Sainte-Sophie de Kyiv, le musée de la Seconde Guerre mondiale, le musée Pirogov et le musée Maïdan.

Il considère la situation des auto-constructeurs et les projets d'aménagement du territoire de la Laure comme particulièrement dangereux. Selon lui, rien que pendant les années de location de la Laure inférieure à l'UOC MP, 36 constructions illégales ont été érigées. En 2024, toujours selon Ostapenko, la réserve a réussi à s'approprier l'intégralité du terrain, ce qui aurait pu être l'élément déclencheur de sa libération. En effet, il a ouvertement exigé l'annulation du « Plan d'aménagement du territoire » de 2013, toujours en vigueur, qui autorise la construction de plus de 20 bâtiments sur la Laure, dont un hôtel de sept étages.

Réaction du public et conséquences

Immédiatement après le limogeage d'Ostapenko, les milieux culturels se sont mobilisés. L'ONG « Coalition des activistes culturels » a lancé une pétition pour la démission du ministre Mykola Tochytsky. L'annulation, en même temps que celle du directeur, de plusieurs projets internationaux importants, dont un contrat de restauration avec la République tchèque d'un montant de 34 millions de hryvnias, a également suscité l'indignation.

Ostapenko, quant à lui, a déclaré qu'il comptait reprendre du service dans les forces armées ukrainiennes dès sa libération. Mais son combat contre la corruption dans le domaine de la protection du patrimoine culturel ne fait que commencer.

La société ukrainienne a besoin non seulement de la protection des monuments, mais aussi de transparence dans leur gestion. Pendant que les autorités se disputent au sujet des « murs rouges », certains envisagent la construction de nouveaux étages en Terre sainte.

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