La Russie étend ses exigences à l'Ukraine bien au-delà du Donbass et affiche de plus en plus ouvertement son intention de revendiquer de nouveaux territoires dans l'est et le nord-est du pays. Ces conclusions figurent dans un rapport analytique de l'Institut pour l'étude de la guerre (ISW), qui souligne que le Kremlin combine pressions militaires et ultimatums politiques, cherchant à contraindre Kiev et l'Occident à accepter ses conditions.
D'après les experts, les responsables russes affirment de plus en plus que la question du Donbass n'est pas le seul objectif de Moscou. Bien que le Kremlin défende publiquement l'idée qu'un « règlement » de la situation dans l'est puisse ouvrir la voie à la paix, les actions et les déclarations concrètes laissent entrevoir des préparatifs en vue d'empiètements territoriaux bien plus vastes.
Dans un de ses rapports, le chef d'état-major des armées de la Fédération de Russie, Valery Gerasimov, a notamment évoqué la création de « zones tampons » dans les régions de Kharkiv, Soumy et Dnipropetrovsk. Les analystes y voient le signe de possibles nouvelles orientations offensives. Officiellement, ces plans sont justifiés par la « défense des territoires occupés », tandis que les propositions internationales de règlement pacifique prévoient, au contraire, le retrait des troupes russes d'une partie des régions conquises.
Dans le même temps, Moscou formule également des exigences politiques. Le chef du Service de renseignement extérieur russe, Sergueï Narychkine, et plusieurs députés de la Douma d'État affirment qu'il est nécessaire d'éliminer les « causes profondes » de la guerre. Selon l'interprétation russe, cela signifie stopper l'élargissement de l'OTAN, rétablir les frontières de l'Alliance telles que définies en 1997 et remplacer le gouvernement ukrainien par un gouvernement fidèle au Kremlin.
Les médias ultranationalistes russes défendent également l'idée que des concessions concernant uniquement le Donbass sont insuffisantes. Leurs publications abordent directement la question de revendications territoriales supplémentaires, notamment sur d'autres régions du sud et de l'est de l'Ukraine. Il s'agit en réalité d'une stratégie de pression progressive : une trêve temporaire en échange de concessions, après quoi de nouveaux ultimatums sont lancés.
L'ISW souligne que cette rhétorique s'inscrit dans une vaste campagne de manipulation cognitive et informationnelle. Le Kremlin exagère systématiquement ses propres capacités militaires, l'état de l'économie et l'industrie de défense afin de créer un sentiment d'inévitabilité de nouvelles offensives et d'exercer une pression psychologique sur les partenaires de l'Ukraine.
D'après les analystes, l'objectif de Moscou n'est pas le compromis, mais la domination. La Russie cherche à contraindre l'Ukraine et l'Occident à accepter ses conditions avant tout changement décisif sur le front, en usant de la peur, de la désinformation et de la manipulation politique. Dans cette optique, la paix n'est envisageable que comme un instrument au service de l'avantage stratégique du Kremlin, et non comme une véritable fin de la guerre.

