Une nouvelle série de négociations pour mettre fin à la guerre en Ukraine débute aujourd'hui à Abou Dhabi. Si les perspectives pour Kiev restent complexes et controversées, certains signes laissent entrevoir une réponse à une question cruciale : le dirigeant russe Vladimir Poutine est-il réellement prêt à envisager un véritable accord de paix, et non une mascarade ?.
D'après des sources proches des négociations, ce cycle semble plus prometteur que les précédents. Selon ces sources, la délégation russe adopte un ton différent, ayant auparavant limité le dialogue à des déclarations formelles et retardant le processus.
Un expert américain en politique étrangère ayant conseillé la partie ukrainienne admet que les précédents cycles de négociations ont été extrêmement épuisants et infructueux. Selon lui, les déclarations antérieures sur la « constructivité » semblaient totalement déconnectées de la réalité. Parallèlement, il constate désormais une attitude plus sérieuse de la part de la Russie vis-à-vis du processus de négociation et laisse entendre, avec prudence, que la possibilité d'une fin du conflit au printemps demeure.
Un ancien haut responsable ukrainien, commentant l'avancement des négociations, s'est montré beaucoup plus mesuré dans ses prédictions. Il a toutefois admis un certain changement d'attitude et de style de travail du côté russe à la table des négociations. Selon lui, les représentants de la délégation russe se concentrent désormais davantage sur les aspects pratiques que sur les discours idéologiques concernant les « causes profondes » du conflit.
Cela concerne tout particulièrement les responsables du renseignement militaire russe qui, selon l'interlocuteur, font preuve de pragmatisme et de professionnalisme, en élaborant en détail les paramètres précis des accords possibles. Ceci contraste fortement avec la rhétorique traditionnellement employée par les représentants politiques du Kremlin, menés par le ministre des Affaires étrangères et Vladimir Poutine lui-même.
Les milieux ukrainiens n'excluent pas qu'une telle évolution de la position russe soit liée aux changements en Europe. Le Kremlin suit notamment de près la manière dont les pays européens augmentent leur production d'armement, évoquent de plus en plus sérieusement un système de sécurité paneuropéen et s'efforcent de réduire leur dépendance vis-à-vis des États-Unis. Un accord de paix ou la fin de la guerre pourraient considérablement freiner cette dynamique, car il deviendrait beaucoup plus difficile pour les dirigeants européens de convaincre leurs électeurs de la nécessité d'accroître encore les dépenses de défense.
Dans le même temps, à Kiev et parmi les analystes occidentaux, un scénario plus cynique n'est pas exclu. Ce changement de ton de Moscou pourrait être une tentative de jouer sur les attentes de l'administration Trump et de réduire la pression sur la Russie. Parallèlement, au sein même de la Fédération de Russie, une paix sans victoire manifeste serait problématique pour le Kremlin, qui a déjà payé un lourd tribut économique et humain à cette guerre.
Selon les experts, Poutine n'a que peu à offrir à la société russe en conséquence directe de ces dépenses. Par conséquent, tout accord de paix dans lequel il ne peut revendiquer la victoire représente un risque interne majeur pour le régime. De l'avis des analystes, cela demeure le principal obstacle à une véritable fin de la guerre.

