Le Kremlin passe à l'attaque, non plus par les missiles, mais par la négociation. Le politologue Andriy Myselyuk prévient : derrière ses déclarations fracassantes sur la paix, Poutine prépare une nouvelle opération spéciale : une opération spéciale de négociation (OSN). Son objectif n'est pas de parvenir à un compromis, mais d'imposer au monde la vision du Kremlin pour la fin de la guerre. Istanbul devrait devenir une plateforme essentielle à la mise en œuvre de ce plan.
Alors que le retour possible de Trump à la Maison-Blanche se profile, le dictateur russe tente une fois de plus d'exploiter ses faiblesses, comme il l'avait fait à Helsinki en 2018. Le monde avait alors vu un président américain humilié, et Poutine était sorti victorieux de cette rencontre. Désormais, il est prêt à se venger – contre l'Occident tout entier, avec l'Ukraine en première ligne de cette opération.
POUTINE LANCE L'OPA — OPÉRATION SPÉCIALE DE NÉGOCIATION
Pour saisir l'ampleur de ces dangers, il est essentiel de comprendre un point fondamental dès le départ : il ne s'agit pas d'une affaire diplomatique. Poutine prépare une opération des services spéciaux de grande envergure à Istanbul. Cette opération vise à diviser les principaux opposants (l'Ukraine, les États-Unis et l'Europe), à les empêcher de coordonner leur opposition à Moscou et à imposer sa vision de la fin de la guerre en Ukraine à l'acteur clé : le président Trump. Cette vision sera ensuite mise en œuvre concrètement.
Avant leur rencontre à Helsinki en 2018, j'avais dressé une liste détaillée des outils et moyens que Poutine utiliserait pour déjouer Trump, ainsi que des points faibles du président américain sur lesquels il exercerait des pressions. Et c'est exactement ce qui s'est passé : leur joute verbale s'est soldée par une défaite humiliante pour Trump.
Depuis, Poutine, fin connaisseur des joutes oratoires, a encore mieux étudié Trump, en connaissant toutes ses faiblesses et ses vulnérabilités. Et, sans aucun doute, il est prêt pour un nouveau duel avec lui (en personne et par procuration) à Istanbul. Afin de réitérer son succès d'Helsinki.
Mais ce qui importe davantage pour nous à présent, ce sont les graves menaces qui pèsent sur notre pays suite aux négociations directes, soudaines et inévitables, avec la Fédération de Russie sur les conditions de paix, ce jeudi à Istanbul.
Voici donc une liste des cinq plus grandes menaces.
- Le risque de se retrouver seul à négocier avec Moscou, sans le soutien effectif d'alliés européens.
- Pressions simultanées exercées par Poutine et Trump sur le président Zelenskyy afin que, pour convenir d'une voie permettant de mettre fin à la « phase chaude » de la guerre et à la guerre dans son ensemble, l'Ukraine accepte rapidement un compromis acceptable pour la Russie (et problématique pour l'Ukraine) sans recevoir de garanties de sécurité fiables.
- L’accord américain de lever partiellement les sanctions contre la Fédération de Russie en récompense de la bonne volonté et des efforts de « pacification » de Poutine, la volonté du président russe de faire des concessions humanitaires non fondamentales pour la Fédération de Russie (échange de prisonniers, accès des représentants de certaines organisations internationales à la ligne de front, etc.) avant que les conditions de paix ne soient fixées et qu’un mécanisme clair de surveillance des éventuelles violations de ces conditions par la Russie ne soit mis en place.
- L'accord de l'administration Trump de mettre fin ou de réduire considérablement son soutien à l'Ukraine en récompense de la volonté de Poutine de soutenir l'instauration d'un cessez-le-feu - cet accord devant entrer en vigueur immédiatement après l'entrée en vigueur du cessez-le-feu.
- Les Russes à Istanbul ont mené une série de provocations pour perturber fortement le processus de négociation, parallèlement à des campagnes de propagande et médiatiques de grande envergure accusant l'Ukraine de faire obstruction à ces négociations.
Cette liste n'est évidemment pas exhaustive quant aux graves menaces et défis auxquels notre pays a été confronté après que Poutine et Trump ont bloqué les négociations d'Istanbul le week-end dernier, le 15 mai.
Le temps disponible pour préparer des réponses efficaces à ces demandes est très limité.
Étant donné que Kiev a une longue expérience de la défense des intérêts ukrainiens dans le contexte de la guerre contre la Russie (qui a débuté en 2014), il y a lieu d'espérer que nos négociateurs à Istanbul seront en mesure de contrecarrer une nouvelle opération spéciale, certes compétente, mais toujours stéréotypée, menée par l'agent spécial de Poutine, digne des méthodes soviétiques.
De même que nos forces de défense, avec le soutien de toute la société, sont parvenues à déjouer son opération militaire spéciale.

