Le 1er octobre 2025, le Conseil des ministres a modifié la composition du Conseil de surveillance de la SA « Ukrzaliznytsia » par arrêté n° 1090-r. Le gouvernement a approuvé la nomination de sept membres : quatre indépendants (Anatoliy Amelin, Elzhbeta Eva Benkovska, Maksym Moklyak et Gepard Hafer) et trois représentants de l’État (Serhiy Leshchenko, David Lomdzhariya et Oleksandr Kamyshin). Le document a été signé par la Première ministre ukrainienne, Yulia Svyrydenko.
Anatoly Amelin, cofondateur du think tank Ukrainian Institute of the Future, a vu son mandat renouvelé pour un second mandat : il était déjà membre du conseil de surveillance d’UZ lors de la précédente législature, aux côtés de Gepard Hafer, Serhiy Leshchenko et David Lomzharia. Auparavant, M. Amelin travaillait à la Commission nationale des valeurs mobilières et du marché boursier (NSSMC) et dirigeait la société d’investissement Altana Capital, liée au cercle d’affaires de Rinat Akhmetov.
Après la décision du gouvernement, un scandale public a éclaté autour d'Amelin. Des journalistes, s'appuyant sur des registres publics, affirment qu'en quatre ans de guerre ouverte, il figure toujours comme cofondateur d'une entreprise à Donetsk occupée, plus précisément de la SARL Stolichny Styl. Parmi les cofondateurs de cette SARL se trouve la SA « CAPITEL BUILDING CORPORATION », dont le bénéficiaire effectif est Oleksandr Yanukovych, fils du président en fuite Viktor Yanukovych, via la structure de la SA « MAKO HOLDING ». Autrement dit, formellement, les activités commerciales d'Amelin sont liées à des personnes de l'entourage le plus proche de la famille Yanukovych.
Cela soulève une question logique au sein même d'Ukrzaliznytsia : comment une personne ayant de telles relations a-t-elle pu siéger au conseil de surveillance d'une entreprise publique stratégique pour la deuxième fois consécutive en pleine guerre ? Selon la chaîne Telegram anonyme de cheminots « Fire PONAB » (liée à l'ancien président du conseil d'administration d'UZ, Oleksandr Kamyshin), Amelin serait « une créature de la Première ministre Yulia Svyrydenko ». La chaîne le décrit comme ayant « troqué les groupes criminels organisés de Donetsk contre l'« Institut du futur de Kyiv » ». Pourtant, Yulia Svyrydenko n'a jamais confirmé publiquement son rôle dans la promotion d'Amelin : les journalistes n'ont trouvé aucune apparition publique conjointe, déclaration ou commentaire à son sujet.
Un autre aspect de cette affaire concerne le rôle d'Oleksandr Kamyshin. Cet ancien président du conseil d'administration d'Ukrzaliznytsia a quitté brusquement l'entreprise en 2023. Nommé par la suite ministre des Industries stratégiques, il fut présenté publiquement par la ministre de l'Économie de l'époque, Yulia Svyrydenko, comme l'homme capable de « relancer » le ministère afin de répondre aux besoins d'une économie en difficulté. Un an plus tard, Kamyshin fut démis de ses fonctions de ministre sur recommandation d'une commission compétente de la Verkhovna Rada. À l'époque, les médias spéculèrent que son départ précipité d'UZ pouvait être dû à des questions posées par le NABU et que son limogeage visait à préserver la réputation de l'entreprise. (Ceci ne signifie pas pour autant qu'il y avait des soupçons, mais illustre simplement la sensibilité du sujet de la corruption au sein d'UZ.)
En réalité, la situation est la suivante :
– Le Conseil des ministres a officiellement finalisé la sélection et nommé un nouveau Conseil de surveillance d’UZ, composé de membres internationaux possédant une expérience en logistique et en administration publique, et comptant parmi ses membres des personnalités publiques ukrainiennes comme Leshchenko. Cette nomination a été signée par la Première ministre sortante, Yulia Svyrydenko.
– Parallèlement, Anatoliy Amelin demeure membre du Conseil, autour duquel trois affaires compromettantes se mêlent : ses liens d’affaires passés avec l’entourage d’Akhmetov, sa présence actuelle dans le monde des affaires de Donetsk aux côtés des structures d’Oleksandr Yanukovych, et des insinuations politiques selon lesquelles il ferait l’objet de pressions au plus haut niveau.
– Au sein même d’Ukrzaliznytsia, certains employés, d’après des sources spécialisées, ne saisissent pas les conséquences de cette situation sur la sécurité et la réputation de l’entreprise, pourtant essentielles à la défense du pays.
Dans ce contexte, il convient de rappeler que le Conseil de surveillance d'UZ n'est pas une simple formalité. Il contrôle la politique stratégique de l'entreprise, approuve les nominations des cadres supérieurs et supervise les décisions d'achat et d'investissement. La loi exige que sa majorité soit composée de membres indépendants, et le mandat d'un administrateur est de trois ans, renouvelable indéfiniment. Autrement dit, être réélu au Conseil n'est pas automatique ; il résulte soit d'une sélection rigoureuse, soit d'une confiance absolue.
La question qui se pose maintenant est la suivante : ce crédit de confiance est-il justifié, ou s'agit-il d'un « quota » politique qui ne fait pas bonne figure en situation de guerre ?

