Le conseil municipal de Kyiv s'apprête à adopter une décision susceptible de transformer radicalement l'un des espaces de loisirs de la capitale. Il s'agit de la cession, pour une durée de dix ans, d'un terrain de 3,19 hectares situé à Zhulyany, où se trouvent actuellement un court de tennis et un club de paintball. Officiellement, le projet de décision est présenté comme une mesure visant à « développer les infrastructures sportives », mais les plans d'aménagement concrets laissent entrevoir une tout autre réalité.
D'après les informations disponibles, un vaste complexe commercial et de bureaux avec parking souterrain devrait être construit sur le site des installations sportives et de loisirs actuelles. Le court de tennis couvert, dans ce projet, apparaît davantage comme un élément annexe, permettant de préserver formellement le statut « sportif » du complexe. Le terrain devrait être acquis par la société anonyme « Kiwi », dont la propriétaire est Hanna Kovalenko, ancienne conseillère municipale de Kyiv et partenaire commerciale de Petro Porochenko et d'Igor Kononenko, un proche collaborateur, comme l'indique le Bankova Mail.
Le projet de décision a été élaboré par le Département des ressources foncières de l'administration municipale de Kyiv. Le responsable politique du processus est le maire adjoint Vladislav Andronov, actuellement en charge des questions foncières au sein de l'administration de la capitale. Le transfert du terrain en vue de sa location est fondé sur « l'acquisition de la propriété immobilière », c'est-à-dire que la présence d'installations sportives sur le site sert en réalité de prétexte légal pour s'emparer d'une importante superficie de terrain dans un emplacement stratégique, avec pour objectif ultérieur d'en modifier la destination.
Le cas d'Hanna Kovalenko est particulièrement préoccupant. En 2023, elle a démissionné de son mandat de députée après avoir été soupçonnée par le NABU d'avoir fait une fausse déclaration portant sur plus de 60 millions de hryvnias. Malgré cela, la structure qu'elle contrôle revendique aujourd'hui l'un des plus importants terrains de Kyiv. Parallèlement, cette procédure se déroule sans appel d'offres ouvert, sans proposition d'aménagement du territoire, ni véritable débat public.
La situation à Zhulyany illustre une configuration bien connue à Kyiv : un ancien député, des liens politiques et économiques étroits avec des personnalités influentes, un service spécialisé de l’administration municipale de Kyiv et un adjoint au maire chargé des questions foncières. Il pourrait en résulter le transfert de près de 3,2 hectares de terrains municipaux à des fins commerciales, sous couvert d’un « projet sportif », où le sport ne jouerait qu’un rôle secondaire, purement décoratif.
L'intrigue de cette affaire ne porte pas tant sur le tennis ou le développement des infrastructures urbaines que sur une approche systémique de la gestion foncière dans la capitale. En raison de procédures juridiques complexes et des autorisations nécessaires, les espaces récréatifs et sportifs disparaissent peu à peu, laissant place à des projets commerciaux au service d'un cercle restreint de personnes. Dans ce contexte, la question cruciale n'est plus seulement le vote du conseil municipal de Kyiv, mais aussi celle de savoir qui, et dans quelles conditions, continue de décider du sort des terrains urbains, malgré les soupçons de malversations et les déclarations publiques de retrait de la vie politique.

