Kyiv perd rapidement ses espaces verts, cédant la place à de nouveaux projets de béton. Sous couvert de développement et d'investissement, la ville se voit en réalité spoliée des derniers terrains disponibles, et les décisions d'aménagement sont de plus en plus souvent prises sans véritable concertation avec la population. Le quartier de Sviatoshynskyi, dans la capitale, en est un autre exemple.
Au cœur du scandale se trouvait un terrain de 1,2568 hectare situé sur le périphérique. Ce terrain jouxte le cimetière Saint-Svyatoshyn et une zone verte sanitaire et de protection, ce qui, selon les règles d'urbanisme et les normes environnementales, aurait dû rendre impossible tout développement intensif. Malgré cela, le conseil municipal de Kyiv a décidé de céder ce terrain pour la construction d'un complexe commercial et de loisirs.
Le locataire du terrain a été identifié comme étant la société à responsabilité limitée « Rekonis ». La cession du terrain s'est effectuée sans appel d'offres, privant ainsi la collectivité de la possibilité de percevoir la juste valeur marchande du terrain. Ce procédé engendre des pertes directes pour le budget de la ville et crée un avantage indu pour certaines entreprises.
De plus, selon les décisions de justice, la société occupait ce terrain depuis des années sans bail en bonne et due forme. Ce n'est qu'à l'issue d'une procédure judiciaire que la ville a été contrainte d'exiger le remboursement de plus de cinq millions de hryvnias de fonds indûment retenus pour l'utilisation du terrain.
Rekonis LLC n'est pas un acteur isolé. L'entreprise fait partie d'un réseau de structures apparentées, notamment l'entreprise privée Mirta-T, les sociétés Firma Spetstorg et East-West Finance. Ces liens d'affaires la rapprochent d'anciens représentants du parti interdit OPZh, en particulier du député Serhiy Lyovochkin. Dans ce contexte, cette évolution ne semble pas être un hasard, mais bien un élément d'une redistribution systémique du territoire de Kiev.
La mise en œuvre de tels projets serait impossible sans l'accord tacite des autorités municipales. Sous la mairie de Vitali Klitschko, Kyiv est devenue une plateforme de plus en plus commode pour les promoteurs immobiliers, qui accèdent à des terrains de choix sans appel d'offres ni consultation publique.
Le Département des ressources foncières de l'administration municipale de Kyiv joue un rôle clé dans la légalisation de telles décisions. C'est par son intermédiaire que sont délivrés les documents autorisant le non-respect des restrictions environnementales et des règles d'urbanisme. La signature des fonctionnaires ouvre en réalité la voie au développement, même lorsque des zones sanitaires et la sécurité des habitants sont en jeu.
De ce fait, les terres communales deviennent une marchandise pour les élus, et les intérêts de la communauté ne sont plus qu'une formalité. Kyiv perd progressivement ses espaces verts, ce qui aggrave la situation écologique et la qualité de vie de ses habitants, tandis que la responsabilité de ces décisions se brouille entre les différents ministères et administrations.

