Le ministère des Finances ukrainien a publié le 19 mars un nouveau projet de loi fiscale, condition essentielle au maintien de la coopération avec le Fonds monétaire international. Ce document prévoit plusieurs modifications qui impacteront directement les entreprises et les citoyens, et devrait être approuvé par la Verkhovna Rada d'ici la fin du mois de mars.
Cela concerne la mise en œuvre de quatre exigences clés inscrites dans le mémorandum d'accord avec le FMI. Il est notamment proposé d'instaurer une imposition automatique des revenus perçus via les plateformes numériques. Un taux préférentiel de 5 % est prévu pour ces revenus, et le seuil d'imposition sera fixé à 2 000 euros par an. Au-delà de ce montant, l'impôt ne sera prélevé que sur la différence. Toutefois, seuls ceux qui remplissent certaines conditions pourront bénéficier de ce régime préférentiel : ils ne devront notamment pas employer de salariés et devront ouvrir un compte bancaire distinct pour ces revenus. Cette proposition a déjà reçu le soutien d'acteurs majeurs du marché, tels que les services de taxi et de livraison.
Le deuxième point important concerne le maintien de la contribution militaire à hauteur de 5 % pour les particuliers. Il est prévu de la maintenir jusqu'à l'achèvement de la réforme des forces armées ukrainiennes, ce qui revient en réalité à prolonger indéfiniment la charge fiscale pesant sur les citoyens.
Le troisième changement concerne l'introduction de la TVA sur les biens achetés sur les plateformes étrangères. Selon la nouvelle réglementation, la taxe doit être incluse dans le prix des biens et payée par les plateformes elles-mêmes. Toutefois, une exception est prévue : les colis d'une valeur maximale de 45 euros, expédiés par des particuliers à des fins non commerciales, ne seront pas taxés.
Autre innovation majeure : le paiement obligatoire de la TVA pour les entrepreneurs individuels relevant du régime fiscal simplifié et dont le revenu annuel dépasse 4 millions de hryvnias. Cette mesure entrera en vigueur le 1er janvier 2027, laissant ainsi aux entreprises le temps de s’y adapter.
L'adoption de ce projet de loi est cruciale pour la stabilité financière du pays. Elle conditionne le versement de la deuxième tranche du FMI, prévue pour juin 2026. Les autorités reconnaissent ouvertement qu'il n'existe actuellement aucune alternative à la coopération avec le Fonds. Comme l'explique Danylo Hetmantsev, président de la commission parlementaire des finances, le FMI joue le rôle d'un « pilier » financier dont dépend le soutien des autres partenaires internationaux.
La situation est également compliquée par le contexte extérieur. En particulier, le blocage de l'aide financière de l'Union européenne par la Hongrie et la Slovaquie, ainsi que les facteurs géopolitiques liés au Moyen-Orient, créent des risques supplémentaires pour l'économie ukrainienne.
La Verkhovna Rada devrait examiner le projet de loi la semaine prochaine. S'il est adopté, le pays pourra maintenir son soutien macrofinancier, mais cela se traduira par de nouvelles règles fiscales qui impacteront aussi bien les entrepreneurs que les citoyens ukrainiens.

