Les années bissextiles ont longtemps souffert d'une mauvaise réputation : on s'attend à ce qu'elles apportent malheur, maladies, décès, voire tremblements de terre, inondations et guerres. Mais qu'est-ce qu'une année bissextile, au juste, et d'où vient-elle ?
Comme beaucoup de choses dans la vie, l'année bissextile nous vient de la Rome antique.
À partir du milieu du VIIIe siècle avant J.-C., Rome utilisa un calendrier de 10 mois et une année de 304 jours. Au VIIe siècle avant J.-C., le souverain Numa Pompilius réforma le calendrier en ajoutant deux mois, et l'année « passa » à 355 jours.
Cependant, sous le règne de Jules César, le calendrier romain était chaotique.
L'année comptait 355 jours, divisés en 12 mois, liés aux cycles lunaires. Cependant, l'année lunaire ne coïncidant pas avec l'année solaire, les Romains inventèrent un treizième mois, le Mercedonium, en l'honneur de la déesse protectrice du commerce et des paiements.
Mercedonius figurait au calendrier tous les deux ans, après le 23 février selon le calendrier moderne.
Elle pouvait avoir 22 ou 23 jours, donc la durée de l'année variait de 355 à 378 jours.
On découvrit à un moment donné que le calendrier comportait une erreur provoquant une distorsion temporelle. Le droit d'annoncer les Mercédoniens fut alors transféré au grand prêtre-ponte, qui devait procéder à des ajustements en fonction de l'ampleur de la distorsion.
Cependant, les prêtres-pontifes commencèrent à utiliser leur droit à des fins politiques, raccourcissant le règne de certains consuls et prolongeant le mandat d'autres.
Le souverain suprême de Rome, Jules César, décida de remédier à la situation.
Lorsqu'il s'attaqua au problème, il fut horrifié. En raison de tous ces changements, le calendrier romain s'écartait de plus de deux mois de la réalité. Et cet écart était surtout préjudiciable à l'agriculture, car la fête des moissons tombait au milieu du printemps, alors que les récoltes étaient encore loin.
César invita à Rome Sosigène d'Alexandrie, le mathématicien et astronome le plus respecté du Ier siècle avant J.-C.
Sosigène proposa de prendre comme base le calendrier solaire égyptien, créé plusieurs millénaires auparavant.
Mais avant d'instaurer le nouveau calendrier, il fallut corriger les erreurs de l'ancien. Tous les jours « perdus » par les pontifes furent insérés entre novembre et décembre. De ce fait, l'année 46 avant J.-C. s'avéra la plus longue de toute l'histoire de l'humanité : elle comptait 445 jours, répartis en 15 mois.

Auteur de la photo, Getty Images. Légende : À l’époque romaine, les événements agricoles et les fêtes religieuses étaient étroitement liés, mais il était difficile de les suivre sans calendrier fiable.
À partir de janvier 45 avant J.-C., Rome commença à vivre selon un nouveau calendrier.
Il fut ensuite adopté par d'autres pays du monde occidental. Il reçut le nom de calendrier « julien » après la mort de Jules César.
Pourquoi cette année a-t-elle été qualifiée d'« année bissextile » ?
Dans le calendrier julien, le jour supplémentaire des années bissextiles n'était pas placé à la fin du mois de février, comme aujourd'hui, mais entre le 23 et le 24. On l'appelait « bis sextum Kalendas Martium », soit « deux fois le sixième des calendes de mars » (les calendes étant le premier jour de chaque mois). Une année de 366 jours était appelée « annus bissextus ».
Dans le même temps, César a déplacé le début de l'année au 1er janvier.

PHOTO AUTHOR, GETTY IMAGES Légende de la photo : Les fêtes romaines et autres dates importantes étaient soumises aux caprices du calendrier, qui changeait d’une année à l’autre de manière imprévisible.
Autres réformes du calendrier
Avec le temps, il est devenu de plus en plus évident qu'une erreur s'était glissée dans les calculs : les prêtres romains déclaraient une année bissextile non pas tous les quatre ans, mais tous les trois ans.
La situation fut corrigée par l'empereur Octave Auguste.
En guise de remerciement, le Sénat romain, en l'an 8 avant J.-C., renomma le mois de Sextilis en Augustus (août). Le mois lui-même se vit ajouter un 31e jour, prélevé sur la fin du mois de février. Ainsi, février fut raccourci et commença à durer 28 jours les années communes et 29 les années bissextiles.

PHOTO AUTHOR, GETTY IMAGES Légende de la photo : Même une petite différence entre le calendrier et le mouvement de la Terre autour du Soleil entraîne des écarts.
En 1582, le pape Grégoire XIII se joignit à la réforme du calendrier. Il créa une commission spéciale qui comprenait non seulement des ecclésiastiques, mais aussi des astronomes.
La même année, Grégoire XIII annonça la création d'un nouveau calendrier, que nous connaissons aujourd'hui sous le nom de calendrier grégorien. Celui-ci comportait plusieurs changements importants. Le premier consistait à avancer le nombre de jours de dix : après le 4 octobre, le 15 arrivait immédiatement. L'Église catholique n'ayant adopté le calendrier julien qu'en 325, un décalage de dix jours s'était accumulé sur douze siècles et demi. Ainsi, à la fin du XVIe siècle, le jour de l'équinoxe de printemps était passé du 21 au 11 mars. La décision de Grégoire XIII permit de le rétablir au 21 mars dès 1583.
Comme dans le calendrier julien, les années bissextiles du calendrier grégorien étaient celles dont le numéro de série était entièrement divisible par 4 (par exemple, 2024). Mais, en plus de cela, il a établi une nouvelle règle : désormais, une année dont le numéro de série était divisible par 100, mais pas par 400, n’était plus considérée comme bissextile.
Par exemple, les années 1600 et 2000 sont bissextiles, mais 1700, 1800, 1900 et 2100 ne le sont pas.
L'habitude de doubler la date du 24 février les années bissextiles, comme c'était le cas dans la Rome antique, a peu à peu disparu. Désormais, une nouvelle date apparaît dans les calendriers tous les quatre ans : le 29 février.
Le calendrier grégorien s'est largement répandu et synchronisé à l'échelle internationale, mais malheureusement, il n'est pas parfait.

